Le jeudi 7 septembre 2017, s’est tenue au Parlement européen une réunion consacrée aux sanctions européennes à l’égard de la Russie et leurs conséquences économiques et commerciales.

Instaurées en 2014 dans le cadre de la crise ukrainienne et récemment reconduites jusqu’au 31 janvier 2018, ces sanctions sont parfois accusées de pénaliser l’économie européenne.

 

1/ Des relations anciennes et complexes.

Les relations entre l’Union européenne et la Russie sont basées sur l’Accord de partenariat et de coopération de 1994 (entré en vigueur en 1997) et toute tentative de modernisation depuis a échoué, notamment en raison d’un blocage russe sur la partie commerciale des discussions.

En matière commerciale, les contentieux sont nombreux compte tenu des barrières instaurées par la Russie malgré son adhésion à l’OMC en 2012. Parmi ces entraves figure notamment l’interdiction de toute importation de viande porcine européenne au prétexte de la présence de la peste porcine africaine dans seulement quatre États membres.

L’annexion de la Crimée et l’attitude de la Russie vis-à-vis des combats dans l’Est de l’Ukraine ont conduit l’Union européenne à instaurer depuis 2014 une série de mesures restrictives à l’égard de la Russie : suspension des négociations pour la facilitation des visas, suspension des négociations d’adhésion de la Russie à l’OCDE, interdiction de visas et gel des avoirs pour un certain nombre de ressortissants et d’entités russes, etc.

À cela s’ajoutent des sanctions en matière économique et commerciale:
– Restrictions sur l’accès d’institutions financières publiques russes aux marchés européens de capitaux.
– Embargo sur les armes et matériels connexes.
– Interdiction des exportations européennes de biens à usage militaire ou potentiellement militaire.
– Restrictions sur les exportations de technologies sensibles en matière énergétique (hors secteur gazier).

Régulièrement renouvelées depuis 2014, la levée de ces sanctions est conditionnée par l’UE à l’application intégrale des Accords de Minsk de 2015.

En réaction, la Russie a adopté dès 2014 des contre-sanctions visant principalement les produits agricoles européens (interdiction de toute importation de bœuf, porc, volaille, poisson, produits laitiers dont fromage, légumes et fruits), ainsi que d’autres pays comme les Etats-Unis, la Canada, l’Australie et la Norvège.

2/ Des conséquences économiques difficiles à évaluer et très variables selon les secteurs.

Les relations commerciales entre la Russie et l’UE sont marquées par un fort déséquilibre tant en volume qu’en structure de leurs échanges.
La Russie est le 3ème partenaire de l’Union européenne (avec environ 6% des échanges), et l’UE reste le 1er partenaire de la Russie (environ 45% de ses échanges). Cependant, alors que les exportations russes vers l’Europe sont constituées aux 2/3 de matières premières énergétiques, les exportations européennes sont beaucoup plus équilibrées (les produits agroalimentaires principalement visés par les contre-sanctions russes ne représentant que 7% des exportations vers la Russie).

Par ailleurs, d’autres phénomènes macroéconomiques comme la chute des prix du pétrole ou la dévaluation du rouble sont intervenus en 2014, rendant difficile l’évaluation de l’impact des seules sanctions.

Au final côté russe, il semble que ce soit le secteur financier qui ait le plus souffert par l’effet convergent de la dévaluation du rouble, de la fuite des capitaux, du gel des capitaux et des limitations dans l’accès aux marchés financiers européens (même si cela a été en partie compensé par l’arrivée de capitaux chinois).

Du côté européen, les exportations vers la Russie ont considérablement diminué (l’étude présentée au Parlement européen indique une diminution de 20,7% chaque année entre 2013 et 2016), même si là encore, il est difficile d’en attribuer la responsabilité aux seules sanctions.

Selon l’étude présentée au Parlement européen, cette contraction n’a eu qu’un effet limité sur les exportations globales européennes, les entreprises de l’UE ayant cherché d’autres débouchés (pour les produits agroalimentaires, les exportations européennes ont crû de 5,5% vers les Etats-Unis, de 13% vers la Chine et de 7% vers le Japon).
Néanmoins, le secteur agricole a particulièrement souffert de la fermeture des marchés russes et certains secteurs déjà fragilisés comme le secteur laitier ou celui de la viande ont rencontré d’importantes difficultés.

3/ Des sanctions économiques indissociables du contexte géopolitique global.

Sur la scène internationale, la Russie est incontournable malgré nos différences de point de vue. De nouveaux enjeux sont en effet apparus ou se sont aggravés comme la lutte contre le terrorisme, la situation en Syrie, la Corée du Nord, etc.

L’Union européenne doit donc savoir rester ferme sur ses valeurs et ses intérêts (en particulier en Europe orientale), tout en maintenant un dialogue constructif avec la Russie.

C’est uniquement en tenant compte de ce contexte politique global que peut être réellement évaluée la pertinence des sanctions européennes.

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