Visibilité trans en ligne : comment se protéger du harcèlement et des chasers

Prises de parole sur TikTok, comptes Instagram suivis par des milliers de personnes, threads qui tournent sur X : les personnes trans et non-binaires occupent une place de plus en plus visible sur les réseaux sociaux, et cette visibilité contribue largement à faire évoluer le regard du grand public. Mais elle a aussi un revers bien connu de toutes celles et ceux qui l’ont expérimentée : elle attire du harcèlement, et une forme d’attention spécifique, souvent désignée sous le terme de « chasers ». Voici ce que disent les chiffres sur cette exposition, et surtout, les moyens concrets d’y répondre au quotidien.

Une exposition au harcèlement plus forte pour les personnes trans

Le dernier rapport annuel de SOS Homophobie, qui porte sur l’année 2025, recense 1 771 témoignages de victimes de LGBTIphobies, contre 1 571 l’année précédente. Dans cette répartition, la transphobie représente 27 % des cas rapportés à l’association, juste derrière la gayphobie qui en concentre 57 %. Le rapport souligne par ailleurs, en s’appuyant sur des données du ministère de l’Intérieur, une part croissante du numérique dans les infractions anti-LGBT+, en hausse de 9 % supplémentaires. Les réseaux sociaux ne sont donc pas un simple prolongement du harcèlement hors ligne : ils en sont devenus un terrain à part entière.

✅ À retenir

Plus une personne trans gagne en visibilité en ligne, plus elle est susceptible de croiser à la fois du soutien et des comportements hostiles. Les deux peuvent coexister sur un même compte, parfois dans la même journée.

Les chasers, un phénomène spécifique aux applis et réseaux

Au harcèlement classique s’ajoute une dynamique plus insidieuse, propre aux espaces de rencontre et aux réseaux sociaux : les « chasers », des personnes attirées avant tout par l’identité trans de quelqu’un plutôt que par qui elle est réellement. Le site T4TSpace, qui consacre un article entier à ce sujet, le résume ainsi : aucun réglage ne peut deviner pourquoi une personne s’intéresse à un profil. Il recommande donc de vérifier d’abord qui une application accepte comme membres, certaines invitant même explicitement ce type de profils, puis d’utiliser les outils disponibles : modes incognito, désactivation de la découverte, affichage sélectif du genre et du statut trans, ou encore filtres de messagerie pour bloquer certains contenus. Aucun de ces réglages n’est infaillible, mais combinés, ils réduisent nettement l’exposition à ce genre de sollicitations.

Verrouiller ses informations avant de gagner en visibilité

Avant même de penser aux signalements, quelques réglages simples limitent les risques en amont. Sur la plupart des réseaux, il est possible de masquer sa localisation précise, d’éviter d’afficher son nom d’employeur ou son établissement scolaire, et de limiter les commentaires aux personnes qui suivent le compte depuis un certain temps. Pour les comptes qui grandissent vite, séparer clairement un profil public, dédié au contenu, d’un profil privé réservé aux proches, permet aussi de garder un espace à l’abri du regard de personnes inconnues. Ces réflexes ne suppriment pas le harcèlement, mais ils réduisent la quantité d’informations personnelles qu’une personne malveillante pourrait exploiter.

Se rapprocher d’associations spécialisées aide également à tenir dans la durée. OUTrans, association féministe d’autosupport trans, propose par exemple des formations sur l’accueil inclusif et des ressources pratiques qui dépassent largement le seul cadre de la transition médicale, utiles aussi pour celles et ceux qui subissent une pression liée à leur visibilité en ligne.

Comment réagir face au harcèlement en ligne

Quand le harcèlement dépasse le simple message indésirable, plusieurs dispositifs français existent. Le 3018, porté par l’association e-Enfance, est un numéro national gratuit et confidentiel, ouvert sept jours sur sept de 9h à 23h, accessible par téléphone, par chat ou via une application dédiée. Il permet notamment de faire retirer un contenu ou un compte problématique en quelques heures sur la plupart des grandes plateformes, et propose un accompagnement personnalisé pour gérer une situation de crise.

Pour les contenus clairement illicites, violents, discriminants, racistes, sexistes ou homophobes, le portail PHAROS, relayé par l’Arcom, permet de signaler directement aux services de police et de gendarmerie spécialisés. Attention toutefois : PHAROS ne traite pas les situations d’urgence, qui relèvent des numéros d’urgence classiques. Pour tout ce qui touche à une divulgation de données personnelles, comme un doxxing ou la diffusion d’informations privées, c’est vers la CNIL qu’il faut se tourner.

💡 Notre conseil

Gardez des captures d’écran datées avant de bloquer ou de signaler un compte. Elles seront utiles si vous devez faire un signalement officiel ou porter plainte par la suite.

Construire une visibilité choisie, plutôt que subie

Face à ces constats, certaines plateformes tentent de sortir de cette logique d’exposition permanente. C’est le pari de T4TSpace, une application de rencontre pensée par et pour les personnes trans et non-binaires, dans laquelle la dynamique des chasers a moins de prise puisque l’ensemble de la communauté partage le même principe de départ, T4T, plutôt que d’attirer un public extérieur venu chercher une identité plutôt qu’une personne. Le site propose d’ailleurs un article détaillé sur la manière d’éviter les chasers sur les applications de rencontre, avec des réglages concrets à activer selon les plateformes utilisées.

La visibilité en ligne des personnes trans et non-binaires n’a pas vocation à se réduire, bien au contraire. Mais elle gagne à être choisie plutôt que subie : savoir quels réglages activer, quels comptes signaler, et quels espaces privilégier fait une vraie différence sur la qualité des échanges qu’on reçoit au quotidien. Les outils existent, encore faut-il les connaître avant d’en avoir besoin dans l’urgence.